Les premières notes de musique résonnent dans mes oreilles. J'aime tellement cette chanson que j'ai découverte dans un dessin animé de princesse. Elle me rappelle mon enfance, mes rires, mes choix, mes faiblesses, moi April.
J'essuie mes lèvres et boit l'eau fraîche de mon collège pour faire disparaître ce goût acre de ma bouche. Il m'est insupportable et pourtant je continue à l'appeler. Plus je le fais, plus je suis soulagée d'un poids, de mes kilos qui me pourrissent la vie. Certains disent que ce ne sont que des conneries, certains m'envoient chez des médecins comme si j'étais folle (le suis-je ?), et d'autres espèrent, comme ma mère, que cela me passera et que je n'en mourrais pas avant.
La déléguée me regarde comme un monstre. Elle hurle maintenant, me demandant pourquoi avais-je fais cela. Je ne lui réponds pas, espèrent que ses cris cessent et n'alerte pas les pions. J'ai prétexté un passage à l'infirmerie mais mon professeur de français m'a fait accompagné. Je lui avais dis que cela été inutile mais rien à faire « C'est le règlement ! ».
Tiffanie, la déléguée, hurle toujours et pourtant je ne l'entends qu'à peine. Je pose mon doigt sur sa bouche entrouverte. Elle se stoppe dans son discours contre la boulimie ou l'anorexie, je ne sais plus. De toute façon, si c'est une maladie et qu'on est atteint, à quoi nous sert de savoir son nom ? Je lui fis le geste de retourner en classe. Elle s'exécute sans un mot, son silence me fait douter.
- Tu ne diras rien ! A personne ! C'est clair ?
- April, tu sais tu ne dois pas faire sa à ton corps ...
Nous sommes devant la porte de la salle de français n°116 et toutefois je crie.
- Stop ! C'est clair ?
Ma voix est rempli de menace et de sous-entendus, sans une once d'humour.
Elle acquiesce et prend la marche en frappant à la porte. Nous rentrons, on me demande comment je vais et à l'habitude je ne réponds pas. Je montre mon carnet falsifié d'une signature de l'infirmière. Personne n'y voit que du feu mais quelques professeurs se demandent comment j'ai atteint la deuxième page d'infirmerie en moins de trois mois, surtout que je suis sérieuse dans mon travail. J'ai des amis, des bons souvenirs, je suis assez populaire pourquoi quelqu'un s'inquiéterait ?
Je m'installe à coté de Fanny. J'aime bien cette fille, elle ne me pose pas trop de question mais quand elle les pose c'est toujours au bon moment. Elle me résume ses notes pendant mon absence. Rachel m'interpelle en chuchotant et me demande avec un pauvre sourire comment j'allais. Je la connais depuis un an mais elle est adorable. Les deux longues heures finissent par cette sonnerie stridente que je ne supporte plus. Je sort vite de cette salle, pour m'engouffrer dans le froid hivernal. On m'attrape rapidement le bras. C'est Nawell, une copine pas très grande, brune, avec un regard noir. Je la trouve belle et elle était super sympathique, jusqu'au jour, où elle et sa bande, composée de Rachel et Cassandre, m'ont éjecté à mon changement de comportement. Avant c'était des amis, aujourd'hui ce sont des filles ayant les mêmes cours que moi. Elles sont gentilles mais oublient vite qu'une amie a besoin d'aide des fois. J'ai ma philosophie sur cela. Pour faire partie d'une bande de copine, il faut toujours avoir des blagues, des potins, et le sourire. C'est con je n'ai pas le sourire en ce moment.
- Alors ça va ?
- Oui et toi ? Lui répondis-je avec un faux sourire.
- April, tu m'inquiètes.
- Cette aprèm', vous allez en ville avec les filles ?
Elle baisse la tête honteuse de son acquiescement et de ne pouvoir m'inviter parce que je suis "malade". Rachel, éternel charmeuse et futur mannequin, et Cassandre nous dépasse et amène Nawell au passage. Elles ne se rendent pas compte de leurs gestes mais ils blessent ...
Voilà le prologue ?